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40 jours / réparation

2017 Installation, performance. Structure en pin, toile de jute, algues, broderie, porcelaine, tissus, projection dia, Arduino, meubles et objets divers

En construisant ma chambre dans l’atelier d’AESP aux Beaux-Arts de Bruxelles, j’ai choisi de questionner deux notions finalement complémentaires dans ce champ de recherche fixé, à savoir: l’enfermement et la réparation.

L’enfermement

L’humain est enfermé par nature. Il passe de l’utérus/matrice à l’idéal/projection de ses parents, à l’école, la famille, le cercle d’amis,..
Ces enfermements sont symboliques, non visibles formellement mais néanmoins toujours présents. Certains comportements définis comme des « maladies mentales » vont constituer des échappatoires à ces routes tracées: L’autisme, les différentes psychoses, le mutisme,.. Cela dit, il est parfois convenu que ces maladies enferment, justement. Cela tourne en rond. On en revient à la question de la normalité, de ce qui est sociétalement acceptable.

A la suite de diverses expériences et conversations sur ces questions, un début de fiction a germé dans mon esprit:

« Une femme, internée depuis longtemps dans un hôpital psychiatrique voit celui-ci être déserté tant par le personnel soignant que par les patients. Elle ne suit pas le mouvement et choisit de ne pas quitter sa chambre car elle n’a pas de raison de partir. Elle n’est pas contrainte physiquement, elle peut donc sortir quand elle le veut. Ses journées sont désormais rythmées par des allers-retours entre le monde extérieur et l’espace qu’elle occupe. »

Je ne sais rien d’autre d’elle. C’est-à-dire que j’ai décidé de ne pas (me) la décrire davantage. On ne sait pas pourquoi elle est là, ni depuis combien de temps. Je n’ai pas choisi réellement « d’interpréter » cette femme, mais c’est elle qui m’a donné l’idée de cette expérience et elle n’a pas quitté mes pensées tout du long. En construisant la chambre, j’ai choisi de donner corps, de représenter matériellement l’enfermement symbolique.

La réparation

Définition du Larousse:

- Action de réparer quelque chose d’endommagé : Réparation d’un véhicule accidenté;
- Fait, pour un organisme, de se rétablir, de revenir à un état normal : La réparation des tissus à la suite d’une blessure;
- Action de réparer une faute commise, le préjudice moral qu’on a causé à quelqu’un : Demander la réparation d’une offense.

Cette notion est apparue dans un deuxième temps. Je veux dire par là qu’en cherchant à exprimer l’idée de l’enfermement, l’idée de la réparation a pris racine. Prendre le temps de soigner, non pas de faire disparaître les cicatrices, les traces de ce qui fut vécu mais les magnifier, les lisser, les rendre belles.

Dans la même idée, les japonais pratiquent le kintsugi(金継ぎ) qui signifie «jointure en or». Il s’agit d’une méthode de réparation de céramiques cassées avec une laque spéciale mélangée avec de l’or. Cela relève d’une philosophie qui prend en compte le passé de l’objet, son histoire et donc les accidents éventuels qu’il a pu connaitre. La casse d’une céramique ne signifie plus sa fin ou sa mise au rebut, mais un renouveau, le début d’un autre cycle et une continuité dans son utilisation. Il ne s’agit donc pas de cacher les réparations, mais de mettre celles-ci en avant, redonnant ainsi une nouvelle naissance aux objets qui semblaient perdus à jamais. L’idée de l’or en tant que matériau déifiant par excellence, symbole de lumière, de chaleur et d’immortalité chez les Incas par exemple, traverse tout ce travail, cherchant à en illuminer les imperfections voire même à en dessiner les contours pour mieux les montrer à voir.

Ma chambre à l’atelier

Une fois ma « chambre » installée, je décidai de faire durer l’expérience 40 jours (Quaresme). Le symbole du chiffre n’est pas lié à une forme de religiosité judéo-chrétienne mais bien au symbole qu’il sous-tend, à savoir le temps nécessaire à une réflexion. Le matin, dès mon arrivée à l’atelier, je m’enfermai dans cette structure, espace devenu hybride par le force des choses: pas vraiment privatif mais pas totalement public non plus. Le temps passant, j’appris à jouer de cette double identité et surtout à la questionner.

La toile de jute tendue (choisie pour son aspect brut et non raffiné) laisse passer la lumière. Je vois donc les silhouettes des personnes présentes dans l’atelier comme je les entends bien sûr. Je décidai de ne pas construire de toit, le plafond de l’atelier me rappelant la réalité du lieu dans lequel j’inscris l’expérience.

Durant la conception du projet, je pensais les actions à partir de mon propre point de vue. Je n’avais pas imaginé celui des personnes utilisant l’espace-atelier comme moi, les étudiants, les professeurs, les visiteurs occasionnels.

J’avais, dès le début décidé de tenir un journal mais au vu de ce que cela provoquait comme réaction chez mes « collègues », je décidai également de tenir un carnet que j’ai nommé « les petites visites ». Certains étaient arrêtés par la toile et me disaient ne pas oser entrer. D’autres « frappaient à la porte ». D’autres encore n’avaient aucun souci à entrer sans me prévenir, voire même à s’y installer pour un brin de causette. La plupart m’ont dit « se sentir bien » à l’intérieur, ce qui a créé, parfois, une certaine familiarité, un certain abandon dans nos conversations. Nous étions dans un espace indéfini, propice à l’échange.

Il y eut également l’effet « confessionnal ». Des discussions eurent lieu avec des étudiants à travers la toile sur des sujets parfois très intimes.

Curieusement, j’avais l’impression que cette structure me rapprochait plus qu’elle ne m’éloignait des autres. Je m’étais constituée un protocole définissant mon action à l’intérieur:

Je n’ai pas entièrement respecté ce protocole. Certaines choses n’ont pas été faites ou ont été abandonnées par manque de temps, par non-envie, par difficulté,..

Et j’en ai fait d’autres.

Ce protocole ressemblait aux listes interminables que je fais tous les matins et dont je n’arrive jamais au bout. L’expression d’un Surmoi tout puissant que je ne fus pas fâchée de défier, finalement.

J’ai décidé de ne pas intégrer de culpabilité, de refuser de laisser place à ma névrose habituelle. Je suis fière de présenter un projet qui ne sera jamais fini et qui ne demande (ou pas) qu’à se développer. Il me semblerait intéressant d’installer ma chambre dans d’autres espaces et de continuer l’expérience.

Les pièces

° La Love Skin Constatant qu’il faisait assez froid dans l’atelier lors de mes siestes quotidiennes, je demandai à des personnes chères et aux personnes de l’atelier (étudiants et professeurs) de me donner un morceau de tissu de 17/17cm afin de m’en fabriquer une couverture. Je leur demandai que ça soit un vêtement porté et si possible très aimé. La plupart des réponses furent positives, mais certains refusèrent (m’expliquant parfois le malaise provoqué par la démarche), d’autres ne trouvaient pas de tissu ou de temps. Pendant la rédaction de ce texte, un ami m’informe d’une ancestrale tradition chinoise nommée le Bai Jia Bei, liée à un rituel autour de la naissance d’un enfant qui reprend exactement cette idée. Je ne connaissais pas ce rituel.
J’ai reçu 58 morceaux de tissu. Parfois les gens me donnaient le vêtement entier, me chargeant de la découpe. L’expérience fut incroyable: je revis des personnes perdues de vue parfois depuis plus de 15 ans, durant quelques semaines, j’avais régulièrement la joie de trouver dans ma boîte aux lettres un morceau de tissu envoyé par la poste (parfois de bien loin) ou déposé.
Des petits mots ou des histoires racontées me furent également confiés.
J’en fis également un carnet et partis faire une photo/mosaïque géante des vêtements coupés dans le parc de Fonds Roy.

° La camisole La camisole était utilisée dans les hôpitaux psychiatriques en tant qu’objet de contention pour les personnes incontrôlables avant l’usage des neuroleptiques. On parle actuellement de « camisole chimique ». Elle reste un symbole fort lié à l’enfermement et à la violence pratiquée en psychiatrie. J’ai choisi d’en concevoir une et de la perler de territoires imaginaires signifiant l’évasion mentale comme un possible moyen de survie. Elle est le prototype d’une série que je voudrais réaliser par la suite.

° La fenêtre Un paysage inscrit dans la toile. Une vue choisie de l’extérieur.

° Les diapos Des soirées de visionnage de films Super 8 ou de diapos faisaient partie d’un quotidien banal de mon enfance, comme dans beaucoup de familles à l’époque. Me retrouvant dans cet espace clos, j’eus envie d’en profiter pour visionner ces images d’un autre temps et eus la surprise de trouver des photos que je ne connaissais pas datant des années 50. Les images sont celles d’une famille parfaite, d’une apparence impeccable. Je les utilise comme inserts dans la série de photos que je suis partie prendre (en argentique) autour de l’hôpital Fonds Roy, lieu que je connais fort bien. Le passage d’une dia à l’autre est provoqué par le mouvement des spectateurs, grâce à des capteurs et un programme Arduino. Il s’agit de placer ceux-ci dans la position du voyeur qui rentre dans cet espace ni privé ni public.

° Les algues Ramassées à la mer lors d’une journée de « sortie ». Les algues, parmi de multiples significations symboliques, sont la preuve du vivant tout au fond de l’océan, mais c’est contre ce fond qu’il faudrait prendre appui pour remonter à la surface. Elles sont également une représentation de la femme et de la mère. J’ai alors pensé à en entourer la matrice qu’est, en quelque sorte, ma chambre. Comme un talisman.

° La porcelaine Ces formes organiques faisaient initialement partie d’un travail précédent, elles se retrouvent ici car je les ai émaillées durant les quarante jours. Je n’ai pas véritablement créé ces formes. Elles sont nées entre mes doigts durant un état de semi-méditation liée à la lenteur de l’exécution et à son caractère répétitif.

° La photo perlée, les branches bandées de fil d’or, la broderie de cheveux, la broderie encéphalo etc.. sont autant de petites pièces déclinées sur les thématiques abordées.