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Kill Your Sons

2017 Tête moulée en porcelaine, cage et support en bois et acier, affichage LED en bois et aluminium, boîtier de contrôle en bois, porcelaine, acier; installation sonore.


Titre évocateur d’une chanson de Lou Reed à propos de son expérience des électrochocs.
Par cette installation, mon intention était de signifier la violence d’une pratique (parmi d’autres) utilisée en psychiatrie ainsi que, par extension, la question de la norme dans les sociétés actuelles.
Actuellement, on ne parle plus d’électrochocs mais de convulsivothérapie, ce qui est la même chose à part que le patient est sous anesthésie afin d’éviter qu’il se brise la colonne vertébrale sous le choc de l’arc provoqué par les convulsions artificielles.
Les sociétés occidentales ont très vite décidé de gérer « la folie » dont certains semblent atteints tant pour des questions de protection de la norme que pour des raisons sanitaires ou religieuses.
Rapidement, le chemin parcouru (en Occident):
Il y a 5000 ans, on faisait des petits trous dans le crâne pour laisser sortir les démons.
Chez les hébreux, on considère que c’est Dieu qui rend fou, il faut donc l’implorer.
Il y a 2500 ans, Hippocrate considère qu’il s’agit d’une maladie et qu’il faut donc soigner. Il conçoit la théorie des humeurs.
Les premiers chrétiens reprennent la théorie des humeurs d’Hippocrate mais en dénature sa pensée en remettant Dieu au coeur de la pratique: exorcismes, pèlerinages,..
Au Moyen Age, la famille et le village décident qui est fou et qui doit s’en occuper: si la personne est inoffensive, elle est laissée en liberté, sinon elle est enchaînée à la maison. En dernier recours, elle est chassée ou envoyée en communauté religieuse. Si le diable est trop incrusté, c’est le bûcher.
Au début de la Renaissance, on condamne les bûchers mais les européens ne veulent plus des fous parmi eux, on les expulse des hôpitaux, des villes (cfr la Nef des fous de J.Bosch).
En 1600, le sentiment change encore: on se met à avoir peur des fous, il faut les isoler, les enfermer avec les marginaux. C’est le Grand Renfermement décrit par M.Foucault dans Histoire de la Folie à l’âge classique.
Au XVIIIe siècle, on décide de garder les malades mentaux sous contrôle. Il y a peu de différences entre soins et punitions: on considère que la douleur et les corrections corporelles font le plus grand bien. Par exemple: la chaise rotative pour que le sang revienne dans le cerveau.
Fin XVIIIe, naissance des premiers zoos humains (Bedlam, Bicêtre). Il n’y a toujours pas de compassion, on y fait du « tourisme ».
En 1752: naissance d’un hôpital quaker en Pennsylvanie. (Th.Bond et B.Franklin). On retire les chaînes des malades, la maladie mentale n’est plus considérée comme l’œuvre des démons, il faut atténuer leur mal par des méthodes douces.
A partir de 1789: La Déclaration des Droits de l’Homme. Les malades ont des droits, ils ne vont plus en prison mais à l’hôpital.
On classe les maladies mentales par catégories en fonction de leurs signes cliniques (Pinel).
On commence à alterner entre coercition et bons traitements. C’est le début de la « compassion ».
Au début de l’ère industrielle, léger retour en arrière: on remplit les asiles, on y enferme tous les exclus mais les traitements moraux sont rares, ils coûtent chers.
La camisole de force et autres pratiques douces ont le vent en poupe.
L’idée de l’asile est d’étudier la folie pour mieux la comprendre, les psychiatres passent leurs journées aux côtés des patients (la Salpêtrière) et continuent leurs classifications. Deux grandes catégories apparaissent: la névrose et la psychose.
Fin XIXe, c’est le début de la psychanalyse avec Freud et sa théorie de l’inconscient.
Au début des années 30, on remarque que lorsqu’on injecte de l’insuline aux patients, cela a pour effet de diminuer le taux de sucre dans le sang, ce qui provoque des « accidents », comme des convulsions par exemple. On constate qu’après, les patients sont plus calmes.
L’idée alors est de provoquer artificiellement des convulsions. Au début, on utilise des traitements chocs comme le camphre, l’insuline ou le métrazol.
En 1937: un psychiatre italien , Ugo Cerletti visite un abattoir pour cochons où on les étourdit avant de leur trancher la gorge. Ça les rend plus dociles. Inspiré, il dira:
« Ces preuves indéniables balayèrent tous mes doutes et, sans plus de cérémonie, j’ai ordonné à la clinique d’entreprendre dès le lendemain des expériences sur l’homme. L’ECT (électrochoc -thérapie) n’aurait probablement jamais vu le jour si je n’avais eu cette opportunité fortuite et chanceuse d’observer cet abattage pseudo-électrique des porcs. »
Il s’agit de faire passer un courant alternatif dans le cerveau pour produire une perte de conscience suivie de convulsions. Les psychiatres sont alors persuadés de pouvoir neutraliser 90% des dépressions sévères tout en observant que cela marche moins bien qu’avec des patients schizophrènes.
De nombreux témoignages existent sur les effets secondaires irréversibles créés par les électrochocs. Ceux-ci concernent principalement des pertes de mémoire mais certains cas de suicide sont également rapportés.
Cela dit, les médecins pratiquant actuellement l’ECT considèrent qu’il s’agit « d’une thérapie comme une autre ».