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Les écorchées douces

2016 Installation. Osb, papier peint, goudron, peau de chèvre, photos, vidéos, boites de Tic-Tac

Avec "Les écorchées douces", Sabine Sil poursuit une recherche. A sa source, un constat : alors qu’elle s’investit dans une relation « thérapeutique » avec plusieurs femmes meurtries par l’existence et la guerre, elle a le bonheur de voir chacune d’elles, tour à tour, se reconstruire. Cette résilience, ou capacité à rebondir, fascine Sabine. (…)

En outre, se penchant sur sa propre histoire, Sabine réalise l’importance (…), de la tendresse, (…) dont l’a entourée sa mère. (…) Se pose alors la question de l’autre : qu’en est-il de ces femmes qui reviennent de l’enfer ? Où puisent-elles la force de vivre ? Quels souvenirs heureux, quels attachements les mettent à l’abri de la mélancolie? Pour le savoir, la créatrice (…) frappe aux portes. Elle retrouve ses « patientes », les contacte, leur rend visite. Elle amène avec elle sa fille, son compagnon, des fleurs, sa caméra. Elles boivent du thé, elles parlent, la caméra tourne, oubliée sur son pied.

Ainsi naît Les Ecorchées Douces. Sabine Sil y met en scène l’émotion et la douceur, invitant le visiteur à pénétrer un univers d’une grande intimité. Dans un espace pensé comme une matrice, une cabane fermée par un rideau de boites de TIC-TAC à l’orange, le film de Sabine marie avec talent les leçons de vie et la philosophie de ces survivantes devenues des amies, les berceuses qu’on leur chantait enfant et qu’elles chantent à leur tour ; puis les images de plage, de vagues, d’algues et de cailloux que la plasticienne filmera à l’annonce du décès maternel, images comme un hommage mais aussi comme un cri.


Cachette, refuge, bâti d’enfance sauvage et doux, la cabane isole du monde réel en l’imitant juste un peu. Son film, Sabine le projette sur une peau de chèvre. C’est beau, une peau de chèvre. C’est chaud. Puis la peau, ça protège des agressions comme ça en porte les cicatrices. Dans le film, sur la peau, sept femmes : Charlotte vient du Congo-Brazzaville, Kaltoum d’Ethiopie, Pauline du Cameroun, Masso de Djibouti, Jasmine de Madagascar, Nimah de Somalie et Ophélia d’Arménie. 
Dans l’histoire de chacune de ces femmes (…), l’enfance s’est arrêtée avec un drame. Mais avant lui, l’insouciance y riait, y chantait. C’est là leur force, celle par laquelle, toutes, elles guérissent de leurs blessures. A l’aube de leurs vies, de leurs parcours, il y a un moment de grâce.

Pour Ophélia, c’est la fureur de sa maman contre une puéricultrice qui avait osé la frapper; pour Jasmine, le jour où, petite fille, elle apprend à sa mère à rouler à vélo ; pour Kaltoum, la sagesse des paroles maternelles ; pour Nimah, l’incroyable histoire d’amour de ses parents… 
Sous la peau, Sabine punaise aussi sa collection, les photos de ses idoles et certaines de leurs phrases, griffonnées sur les murs tapissés du papier peint devant lequel elle s’endormait, petite. On y voit les portraits de quelques femmes de sa famille, mère, grand-mères, grand-tantes, puis de Charlotte Brontë, Diane Arbus, Agnès Varda, Calamity Jane, Virginia Woolf, Romy Schneider, Carson Mc Cullers, Sylvia Plath, Mata Hari, Angela Davis, Patti Smith, Nina Simone, … (…) Toutes des femmes blessées un jour. (…) 
Et, parce que c’est par elle que tout commence, une alcôve, un autel est — sur un mur extérieur — dédié à cette maman si forte. La sienne. On y voit la douceur des souvenirs, l’océan, le bonheur qui fait grandir. Dans un casque, Patti Smith et ses fantômes nous susurrent We shall live again. A jamais. Comme vivront à jamais ces moments disparus — la voix de Sabine enfant, la voix de sa mère — embaumés par la bande magnétique.


Voilà pourquoi, peut-être, le regard sur la vie que nous offre Sabine Sil aujourd’hui est-il autant rempli d’espoir que celui de la petite Sabine de quatre ans. Parce que le bonheur, même enfoui dans les malles à souvenirs, donne à toutes les écorchées le choix de la douceur. (texte: Laurence Baud'huin, 2016)